Beaucoup se demandent ce qu’il se passe actuellement sur le site de la carrière de Quéhougat. Cette ancienne carrière de sable est la propriété du groupe Pigeon, qui a demandé — et obtenu — l’autorisation de la combler avec des déchets dits « inertes K3+ ». Cela signifie que ces déchets peuvent contenir des concentrations de métaux lourds jusqu’à trois fois supérieures aux normes réglementaires. Il s’agit notamment du plomb, de l’arsenic, du mercure et du cadmium. Ces métaux lourds figurent parmi les six éléments les plus toxiques selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Val d’Anast Autrement regrette vivement que la majorité municipale sortante ait émis un avis favorable à l’enfouissement de tels déchets dans notre commune lors de l’enquête publique. Notre conseiller municipal, Christian Lamy, a voté contre (comme le reste de l’opposition d’ailleurs). La décision finale d’autorisation revient bien à la préfecture.
Début décembre dernier, dès le lancement des aménagements, de nombreux tracteurs ont circulé dans le bourg de Maure pour déverser des déblais dans la carrière. Qui était le donneur d’ordre ? Les autorisations nécessaires garantissant la conformité et la traçabilité de ces matériaux ont-elles bien été obtenues ?
Le cadmium a fait l’objet d’une attention particulière ces derniers mois : des collectifs de médecins, ainsi que la Haute Autorité de Santé, alertent sur sa dangerosité. Cancérogène avéré, il fait partie des « polluants éternels » qui contaminent durablement les chaînes alimentaires. A Quéhougat, en plus de la potentielle pollution de l’eau, les poussières générées par les travaux, très volatiles, constituent également une source majeure de préoccupation.
Le groupe Pigeon assure que la zone de captage est protégée par une barrière de schiste dans le sous-sol. Or, cela ne suffit pas à démontrer l’imperméabilité des circulations d’eaux souterraines. L’eau potable distribuée sur le secteur a déjà été contaminée à plusieurs reprises : PFAS, pesticides et nitrates y ont été détectés. Si les seuils réglementaires n’ont pas été dépassés, leur présence est bien réelle.
La santé des habitants de Quéhougat et des alentours est également en jeu. Des risques liés aux poussières lors des déchargements ont été évoqués. On nous assure que des précautions sont prises, mais comment éviter les envols par temps sec et venteux alors que les premières habitations se trouvent à seulement 50 mètres ?
Lors de l’avis favorable rendu par la majorité municipale, la commission « Cadre de vie et environnement » avait d’ailleurs demandé la mise en place d’un suivi sanitaire des riverains. Cette demande confirme la réalité des risques, corroborée par les analyses d’une enseignante-chercheuse de l’École des hautes études en santé publique (EHESP) sur la problématique des poussières de cadmium.
Un précédent comblement avait débuté en 2015 afin d’accueillir les déblais de la deuxième ligne de métro. Lors de ces travaux, des habitats d’espèces protégées ont été détruits, notamment ceux des hirondelles de rivage. D’autres espèces protégées avaient été identifiées, comme le crapaud calamite ou les tritons marbrés et crêtés. Après que de nombreux camions ont déjà déversé leur cargaison, la découverte d’une pollution à l’antimoine a conduit à l’arrêt des travaux. La carrière est ensuite restée en l’état jusqu’au redémarrage actuel. Entre-temps, des espèces protégées s’y sont réinstallées et une zone humide s’est formée.
Quéhougat symbolise les maux de notre époque : une qualité de l’eau dégradée en Bretagne, et particulièrement en Ille-et-Vilaine, des enjeux de santé publique trop souvent occultés, et la destruction de la biodiversité malgré son effondrement massif. N’oublions jamais cet adage :
« Nous n’héritons pas de la Terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants. »
Mais rien n’est inéluctable. C’est déjà la mobilisation citoyenne qui, en 2015, a permis de mettre en lumière une pollution à l’antimoine. Nous prenons l’engagement, si nous sommes élus, de demander la mise en place effective d’un suivi sanitaire strict et de tout faire pour protéger notre eau et la santé des habitants

1800 TONNES ENFOUIES PAR LA COMMUNES … et des zones d’ombre
Il y a deux semaines, nous vous alertions sur le dossier de Quéhougat, suivi par des membres de notre liste depuis près de dix ans. Le journal rappelle à juste titre les inquiétudes d’habitants concernant un site susceptible d’accueillir des déchets contenant jusqu’à trois fois la teneur maximale autorisée en plomb, mercure, arsenic et cadmium.
Un fait nouveau majeur apparaît dans cet article : le ballet de tracteurs observé en décembre concernait en réalité des déchets municipaux.
1 800 tonnes ont ainsi été enfouies par la mairie sans aucune analyse préalable, malgré un manque de traçabilité selon le Comité de défense de l’Environnement du Sud Ouest Ille et Vilaine.
Si l’on peut enfouir 1 800 tonnes sans contrôle, à partir de quand en exigera-t-on ?
À cela, la réponse du maire est sans appel : « Il n’y a pas de sujet. »
L’environnement, la qualité de l’eau, les espèces protégées : pas de sujet.
Nous souhaitons apporter plusieurs compléments d’information.
Nous ne sommes pas opposés au comblement en soi . En revanche, nous nous opposons fermement à un comblement qui introduit des éléments toxiques et bioaccumulables provenant de l’extérieur. Un tel procédé fait courir un risque majeur aux eaux souterraines situées dans un périmètre de captage d’eau potable et, par extension, à la santé des habitants.
Le cadmium, notamment, est un cancérigène avéré à la toxicité particulièrement élevée.
Nous nous opposons également à un projet qui détruit des habitats naturels — des zones humides — et menace des espèces protégées comme le crapaud calamite, aujourd’hui en voie de disparition en Ille-et-Vilaine, alors même que nous traversons un effondrement massif de la biodiversité.
Enfin, nous refusons un comblement générant une activité fortement énergivore pendant dix ans, à l’heure où l’urgence climatique ne peut plus être niée. Les déchets apportés auraient leur place dans une installation parfaitement étanche, et non dans une zone sableuse à forte perméabilité, à seulement 200 mètres du ruisseau du moulin de Maure, qui alimente le Combs.
Le cahier des charges des ISDI est pourtant clair :
– l’origine des déchets doit être systématiquement indiquée,
– des analyses doivent être réalisées en cas de doute,
– les déchets doivent être pesés,
– ils ne doivent pas être déversés directement dans la fosse afin de permettre un contrôle visuel et olfactif.
Rien de cela n’a été respecté.
1 800 tonnes de déblais, ce n’est pas anodin. Le maire évoque de « petits chantiers de canalisation » et de « simples gravats ». Au regard des volumes, cette explication ne tient pas. L’absence de précision sur l’origine des matériaux permet légitimement de penser qu’ils proviennent de travaux sur des routes bitumées, ce qui expliquerait la présence de bitume et de plastique observée dans les déblais — matériaux interdits par l’autorisation préfectorale.
Le maire affirme également que le stockage provisoire « n’était une préoccupation pour personne ». La vraie question n’est pas là : face à un risque de pollution, la priorité devait être de s’assurer de la légalité de l’opération.
Nous relevons par ailleurs une contradiction majeure : lors de l’audience au tribunal administratif de Rennes, le groupe Pigeon affirmait qu’aucun apport extérieur n’avait eu lieu puisque le site n’était pas encore aménagé. Or, la mairie confirme aujourd’hui que 1 800 tonnes ont été apportées début décembre.
Plutôt que de répondre à ces questions de fond, le maire préfère disqualifier des citoyens en déclarant :
« Ces gens sont opposés au comblement de la carrière. »
« Ces gens », ce sont des habitants qui veillent à la préservation d’un environnement sain et à la santé publique à long terme.
Affirmer qu’« il n’y a pas de sujet », c’est balayer d’un revers de main l’inquiétude légitime des riverains.
Le sujet est bien réel.
La véritable question est désormais la suivante : quel intérêt la mairie trouve-t-elle dans cette opération, et pourquoi ne prend-elle pas en compte les enjeux sanitaires et environnementaux qu’elle soulève ?
À nos yeux, cette réponse est irresponsable.
Voir ci dessous l’article du Télégramme à ce sujet
